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« L’expérience syrienne a montré qu’en Iran aussi, la dictature peut tomber »

08/05/2025  LE NOUVEL OBS – Dans cette tribune transpartisane, dix parlementaires français apportent leur soutien au peuple iranien et à sa résistance contre le régime de Téhéran en Iran.

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

Alors que le monde est en pleine reconfiguration, la théocratie des mollahs vacille. Restera-t-elle debout encore longtemps ? Avec la chute soudaine du dictateur syrien Bachar al-Assad, l’effondrement du Hezbollah et un nouveau gouvernement au Liban libéré de son emprise, la stratégie du régime iranien d’utiliser des forces par procuration pour survivre s’amenuise. L’expérience syrienne a montré qu’à Téhéran aussi, la dictature peut tomber.

Pendant des années, la théocratie des mollahs et ses apologistes ont laissé entendre que, dans le cas d’une chute du régime au pouvoir, l’Iran et la région du Moyen-Orient sombreraient dans le chaos. Or, depuis des décennies, c’est bien Téhéran qui contribue à alimenter le sectarisme, les exécutions et l’anarchie. Jusqu’à présent, cette théocratie a survécu grâce à la peur qu’elle a instillé dans le monde via le terrorisme et la « diplomatie des otages ». Ce régime, affaibli, tente de masquer sa vulnérabilité par une façade de puissance illusoire, dans une course effrénée à l’arme atomique.

La situation a bien changé récemment. Les soutiens internationaux du régime iranien tombent les uns après les autres. Pour combler ses déboires, le régime recourt à davantage d’exécutions. Plus d’un millier de personnes ont été exécutées en Iran en 2024, dont près de 850 au cours de la présidence de Massoud Pezeshkian [qui a commencé en juillet 2024]. Plus d’une cinquantaine de prisonniers politiques se trouvent actuellement dans les couloirs de la mort. Plusieurs ONG de défense des droits humains ont alerté sur le risque d’exécution imminente de plusieurs d’entre eux, pour appartenance au principal mouvement d’opposition, les Moudjahidin du Peuple iranien (OMPI). La Cour suprême du pays a récemment confirmé la condamnation de deux de ces militants, Behrouz Ehsani et Mehdi Hassani. Selon Amnesty International, ils ont été torturés et soumis à de mauvais traitements en prison, après un procès « arbitraire ». Le Parlement européen a réclamé leur libération lors d’une résolution adoptée le jeudi 3 avril.

Dans le même temps, la persécution des femmes iraniennes se poursuit avec une implacable brutalité. La loi dite « hidjab et chasteté », véritable instrument de contrôle policier de la société tout entière, est désormais en attente de mise en œuvre.

Lors du soulèvement de 2022, les Iraniens ont rejeté toute forme de dictature, monarchique ou religieuse, et ont exigé une république démocratique. Depuis lors, les protestations et les activités des unités de la résistance n’ont cessé de s’amplifier. Quarante-six ans après la chute de la dictature du shah en février 1979, le peuple iranien s’apprête à se délivrer d’une autre dictature. Le 8 février, à Paris, des milliers de manifestants ont scandé « Ni shah, ni mollah », en écho au peuple iranien, lors d’une marche impressionnante réclamant la fin des exécutions et affirmant leur solidarité avec celles et ceux qui, en Iran, luttent pour leur liberté.

Face à une telle dictature, le peuple iranien n’a d’autre choix, en « suprême recours », que « la révolte contre l’oppression », comme le stipule le préambule de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (1948). Il faut lui reconnaître ce droit de résister aux forces répressives des gardiens de la révolution (CGRI) et inscrire le CGRI sur la liste des entités terroristes de l’Union européenne, comme le réclame une résolution adoptée à l’Assemblée nationale le 29 janvier.

Nous, parlementaires français, soutenons que le peuple iranien et sa résistance organisée méritent de jouir de la liberté de manifester, de l’abolition de la peine de mort, de l’égalité des genres et de la séparation de la religion et de l’Etat dans le cadre d’un système démocratique offrant une perspective de paix durable dans la région. Ces idéaux figurent d’ailleurs dans le plan en 10 points de Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne. Ce plan, soutenu par plus de 4 000 parlementaires du monde entier, dont de nombreux députés et sénateurs français, est réalisable par la formation d’un gouvernement provisoire de six mois dont la tâche principale serait d’organiser des élections libres pour établir une république laïque en Iran.

Un tel changement ferait sortir l’Iran et le Moyen-Orient du chaos existant. Nous encourageons le gouvernement français et l’Europe à entendre la voix de cette alternative et à la soutenir. Comme nous l’avons constaté récemment, les bouleversements dans cette région du monde n’attendent pas. Il nous appartient de prendre clairement position en faveur des valeurs que nous défendons.

Les signataires :
Christine Arrighi, députée (groupe Ecologiste et Social) de Haute-Garonne, présidente du Comité parlementaire pour un Iran démocratique (CPID) ;
Valérie Bazin-Malgras, députée (groupe Droite républicaine) de l’Aube, vice-présidente de la commission de la Défense nationale et des Forces armées ;
André Chassaigne, parlementaire honoraire du Puy-de-Dôme, ancien président du groupe Gauche Démocrate et Républicaine ;
Paul-André Colombani, député (groupe Libertés, Indépendants, Outre-Mer et Territoires, LIOT) de Corse-du-Sud ;
Philippe Gosselin, député (groupe Droite Républicaine) de la Manche ;
Michelle Gréaume, sénatrice (groupe Communiste Républicain Citoyen et Ecologiste – Kanaky) du Nord, vice-présidente de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées ;
Stéphane Lenormand, député (groupe LIOT) de Saint-Pierre-et-Miquelon, ancien président du groupe LIOT ;
Vincent Louault, sénateur (groupe Les Indépendants – République et Territoires) d’Indre-et-Loire ;
Hervé Saulignac, député (groupe Socialistes et apparentés) de l’Ardèche ;
Mikaele Seo, député (groupe Ensemble pour la République) de Wallis-et-Futuna.