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Mai 2025 : Rapport mensuel sur les exécutions en Iran

08/06/2025 Le mois de mai 2025 a été l’un des plus sanglants de l’histoire récente sous le régime clérical iranien, avec une augmentation alarmante du nombre d’exécutions et la poursuite de la répression contre les prisonniers politiques. Au moins 175 personnes ont été exécutées au cours du mois, dont sept femmes, deux délinquants juvéniles et une exécution publique à Delfan. Ces événements reflètent le recours croissant du régime à la peine capitale comme moyen de réprimer la dissidence et d’instiller la peur dans un contexte d’agitation croissante.

Exécutions : escalade de la violence et de la répression étatiques
Le mois de mai 2025 a été marqué par une augmentation choquante du nombre d’exécutions dans tout l’Iran, poursuivant ainsi la politique de la République islamique consistant à utiliser la peine de mort comme principal outil de répression politique, de contrôle social et de suppression de la dissidence.

Exécutions massives dans tout le pays
Un événement important et alarmant s’est produit dans les derniers jours du mois :

entre le 26 et le 28 mai seulement, le régime a procédé à 41 exécutions, soit une moyenne de près de 14 exécutions par jour, ou une toutes les deux heures.

28 mai : 18 exécutions
27 mai : 9 exécutions
26 mai : 14 exécutions
Des exécutions ont été signalées à Qezel Hesar, Qazvin, Qom, Chiraz, Ispahan, Ahwaz, Kerman, Dezful, Khash et dans plusieurs autres villes, reflétant une campagne nationale d’exécutions par l’État.

Exécution publique et violence sexiste

Une exécution publique a eu lieu à Delfan, envoyant un message effrayant de peur et d’intimidation à la population en général.

Sept femmes ont été exécutées au cours du mois, dont :

Setareh Taherloo, exécutée à la prison de Damghan le 19 mai.
Mahbubeh Khosrownejad, exécutée à la prison de Gorgan le 12 mai.
Une femme nommée Saghar, exécutée à la prison de Qezel Hesar début mai.
Ces cas illustrent le mépris croissant du régime pour les normes internationales interdisant l’exécution des femmes, en particulier dans les affaires impliquant des procédures judiciaires douteuses ou des aveux obtenus sous la contrainte.

Exécution de délinquants juvéniles
Deux personnes exécutées en mai étaient âgées de moins de 18 ans au moment des faits qui leur sont reprochés, en violation du droit international, notamment de la Convention relative aux droits de l’enfant :

Mohammad Reza Sabzi, 20 ans, exécuté à la prison de Malayer – il n’avait que 16 ans au moment des faits qui lui sont reprochés.
Hadi Soleimani, exécuté à la prison d’Adelabad, à Shiraz, avait également commis le crime présumé alors qu’il était mineur.
Exécutions pour espionnage
Le régime a continué à exécuter des personnes pour des motifs politiques, souvent sous le prétexte vague d’« espionnage » ou de « corruption sur terre » :

Le 28 mai, Pedram Madani, âgé de 41 ans, a été exécuté à la prison de Qezel Hesar pour espionnage présumé lié à Israël et crimes financiers. Arrêté en 2020, Madani s’était auparavant rendu en Allemagne et avait été jugé dans le cadre d’un processus judiciaire opaque et à huis clos.

Prisonniers politiques et abus judiciaires
En mai 2025, le régime iranien a intensifié sa campagne systématique de répression contre les prisonniers politiques en combinant arrestations arbitraires, isolement cellulaire prolongé, refus de représentation juridique, négligence médicale et condamnations à mort pour des motifs politiques.

Arrestations arbitraires et disparitions forcées
Plusieurs prisonniers politiques ont été soit arrêtés à nouveau sans nouvelles accusations, soit victimes de disparitions forcées :

Bijan Kazemi, précédemment emprisonné pour ses activités politiques et libéré sous surveillance électronique, a été arrêté à nouveau le 20 janvier 2025, sans aucune accusation formelle ni justification légale. Sa famille s’est vu refuser tout contact régulier avec lui, et il reste incommunicado.
Mohammad Akbari Monfared et Amirhossein Akbari Monfared, également détenus en janvier 2025, sont détenus sans procès. Les forces de sécurité ont fait une descente violente à leur domicile et leurs conditions actuelles restent inconnues. Leurs arrestations ont suivi l’assassinat de deux juges notoires du régime, ce qui suggère un motif de représailles.
Maryam Akbari Monfared, prisonnière politique de longue date détenue à la prison de Qarchak depuis 2009, se voit toujours refuser un congé médical malgré de graves blessures à la colonne vertébrale. Son cas est emblématique de l’utilisation par le régime de l’incarcération à long terme pour réduire au silence les proches des victimes de massacres passés qui réclament justice. Les frères et sœurs de Maryam, tous membres de l’Organisation des Moudjahidine du peuple iranien (OMPI/MEK), ont été exécutés dans les années 1980 et en 1988.
Condamnations à mort fondées sur des allégations politiques
Le pouvoir judiciaire iranien continue d’imposer des condamnations à mort à des prisonniers politiques au terme de procédures judiciaires profondément viciées :

Ehsan Faridi, un étudiant en ingénierie de 25 ans de l’université de Tabriz, a été condamné à mort en mai 2025 pour ses liens présumés avec l’OMPI. Son procès n’a pas respecté les règles de procédure régulière, s’appuyant uniquement sur des aveux obtenus sous la contrainte par le ministère du Renseignement. Il a été reconnu coupable de « corruption sur terre », une accusation vague et politiquement chargée fréquemment utilisée pour réprimer la dissidence.
Amin Farahavar (également connu sous le nom de Payman), poète et militant politique originaire de la province de Gilan, a été condamné à mort le 1er mai 2025 pour « inimitié envers Dieu » (moharebeh). La sentence a été prononcée sans assistance juridique et sur la base de preuves fabriquées par les services de renseignement du régime. Il souffre de complications non traitées liées à une opération de la vésicule biliaire subie dans le passé, et son état de santé s’est détérioré pendant sa détention.
Ces cas illustrent l’utilisation par le régime de la peine de mort comme outil de répression politique plutôt que comme justice pénale. Les condamnations à mort sont souvent prononcées rapidement et en secret, à l’issue de procès fictifs où les accusés se voient refuser leurs droits fondamentaux.

Grèves de la faim et protestations des prisonniers politiques
En réponse aux mauvais traitements infligés par le régime, les prisonniers politiques se sont engagés dans des actes de résistance civile :

Mir-Yousef Younesi, un prisonnier politique âgé de 70 ans qui a déjà été incarcéré sous le régime du Shah et sous la République islamique, a entamé une grève de la faim le 13 mai 2025 après avoir été transféré de force dans un quartier réservé aux criminels de droit commun à la prison d’Evin. Le transfert s’est déroulé de manière violente et sans explication, le séparant de son fils, également prisonnier politique. Malgré les protestations des autres détenus et les promesses des responsables de la prison, il reste dans un quartier inadapté, privé de soins médicaux appropriés alors qu’il souffre de diabète et d’une perte auditive.
Les prisonniers politiques du quartier 4 d’Evine ont organisé un sit-in le 6 mai pour exiger le retour de Mir-Yousef. Leur manifestation pacifique a été accueillie par des intimidations, mais ils persistent dans leur quête de justice.
La négligence médicale comme forme de torture
Le refus délibéré de prodiguer des soins médicaux aux prisonniers politiques reste une méthode de punition largement répandue :

Maryam Akbari Monfared, qui souffre de troubles spinaux invalidants, se voit refuser l’accès à un spécialiste depuis plus de 15 ans.
Azar Korvandi, âgée de 63 ans et ancienne prisonnière politique des années 1980, est confrontée à des problèmes de santé qui mettent sa vie en danger, notamment une maladie cardiaque, des antécédents de cancer et de graves douleurs articulaires. Malgré ses besoins médicaux, elle reste détenue à la prison d’Evin sans recevoir les soins appropriés.
Marzieh Farsi, une survivante du cancer emprisonnée depuis août 2023, se voit également refuser des soins médicaux. Ahmadreza Djalali, un universitaire à double nationalité condamné à mort, a subi une crise cardiaque début mai, mais n’a été soigné qu’à l’infirmerie de la prison et s’est vu refuser l’accès à un cardiologue.
Motalleb Ahmadian, un prisonnier d’origine kurde détenu depuis 2009, souffre de plusieurs maladies chroniques, notamment d’un cancer et d’une insuffisance rénale. Le 2 mai 2025, il a entamé une grève de la faim pour protester contre le refus de lui prodiguer des soins médicaux.
« Les mardis sans exécutions » – 71 semaines de résistance derrière les barreaux
Dans un contexte d’intensification des exécutions en Iran, le mouvement populaire basé dans les prisons, connu sous le nom de campagne « Les mardis sans exécutions », a franchi une étape importante lors de sa 71e semaine consécutive, le 3 juin 2025. Ce mouvement de protestation hebdomadaire, organisé par des prisonniers à travers tout le pays, s’étend désormais à 46 prisons, avec la participation récente des détenus de la prison de Firouzabad, dans la province de Fars.

Cette initiative, menée dans des conditions brutales, représente un acte rare et courageux de résistance civile au cœur du système pénitentiaire iranien. Chaque mardi, les prisonniers participants déclarent leur opposition à la peine de mort en organisant des grèves de la faim coordonnées et en publiant des déclarations publiques. Ces efforts sont souvent accueillis par de sévères représailles, notamment l’isolement cellulaire, des passages à tabac et le refus de soins médicaux, mais la campagne perdure et continue de s’étendre.

Cet acte collectif de résistance au sein du système pénitentiaire constitue une dénonciation puissante du recours à la peine capitale en Iran. Il représente à la fois un appel à la vie et un témoignage de la résilience de l’esprit humain face à la violence étatique.

Iran Human Rights Monitor soutient les revendications de la campagne « No to Execution Tuesdays » et réitère son appel en faveur d’un moratoire immédiat sur toutes les exécutions, de la libération des prisonniers politiques et de la responsabilité internationale de l’Iran pour ses violations systématiques du droit à la vie.

Conclusion
Les événements de mai 2025 reflètent une escalade profondément alarmante des violations des droits humains dans tout l’Iran. L’ampleur et la nature des exécutions, qui visent les femmes, les délinquants juvéniles, les minorités ethniques et les prisonniers politiques, soulignent une campagne délibérée et systématique de répression étatique. L’utilisation continue par le régime du système judiciaire et pénitentiaire comme instruments de contrôle, d’intimidation et de persécution politique révèle un mode de gouvernance fondé sur la peur et la brutalité.

Le recours généralisé aux exécutions arbitraires, le refus de soins médicaux aux prisonniers malades et la criminalisation de la dissidence pacifique soulignent l’urgence d’une action internationale. Iran Human Rights Monitor appelle les Nations Unies, ses mécanismes compétents et les organisations internationales de défense des droits humains à ouvrir immédiatement des enquêtes sur la vague d’exécutions et les conditions de détention dans les prisons iraniennes. Des mesures concrètes doivent être prises pour mettre fin aux exécutions en cours, garantir la responsabilité des auteurs et obtenir la libération des prisonniers politiques en danger.