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Sakineh Parvaneh : un modèle de résistance parmi les femmes emprisonnées d’Iran

31/10/2025 Sakineh Parvaneh, née en 1988 à Quchan, est l’une de ces femmes activistes emprisonnées dont la vie illustre les multiples formes de répression auxquelles sont confrontées les prisonnières politiques en Iran.
Arrêtée à plusieurs reprises, elle a été condamnée à un total de plus de sept ans de prison.

Son dernier arrestation remonte à mars 2024, lorsqu’elle a été appréhendée par les agents du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (les pasdarans) et transférée à la prison de Vakilabad à Machhad. En avril 2024, elle a été transférée à la prison d’Evine à Téhéran, où elle demeure dans le quartier des femmes.

En septembre 2023, elle a été jugée sans avocat par la branche n°1 du tribunal révolutionnaire de Machhad, présidée par le juge Mansouri. Elle était accusée d’« insulte au Guide suprême Ali Khamenei », de « propagande contre le régime » et de « collaboration avec des médias étrangers ». En octobre, elle a été condamnée à sept ans et demi de prison, peine confirmée en appel.

Chronologie des arrestations et des violations
Sakineh Parvaneh a été arrêtée pour la première fois à l’automne 2019 alors qu’elle rendait visite à sa famille à Souleimaniyeh, au Kurdistan irakien. Remise aux forces de sécurité iraniennes, elle a été détenue successivement à Mariwan et Sanandaj, avant d’être transférée à Evin, où elle a été interrogée et torturée en isolement.

En avril 2020, après avoir écrit des slogans de protestation sur les murs de la prison, elle a été transférée à Qarchak, placée en isolement, menottée et entravée, puis envoyée à l’hôpital psychiatrique d’Aminabad — une méthode fréquemment utilisée par le régime pour intimider et humilier les prisonnières.

De retour à Qarchak, elle entama une grève de la faim pour protester contre sa peine de cinq ans et une interdiction de deux ans d’activité politique. Plus tard, elle fut battue et renvoyée à Evine, où elle reçut une peine supplémentaire de deux ans pour « émeute en prison ».

En novembre 2020, exilée à la prison de Quchan, elle se recousit les lèvres et entama une nouvelle grève de la faim pour protester contre un éventuel transfert vers la prison d’Ispahan. En décembre, elle fut transférée à la prison centrale de Machhad, où les pasdarans ont exercé sur elle de fortes pressions pour obtenir des aveux forcés.

Après avoir purgé quatre années de détention, elle fut brièvement libérée en février 2023, avant d’être de nouveau arrêtée en mars 2024 et ramenée à Vakilabad, puis à Evin en avril, où elle se trouve encore.

Privée de contact familial et soumise à la torture psychologique
Depuis septembre 2024, Sakineh Parvaneh est privée de tout appel téléphonique et de contact avec sa famille — une sanction directement ordonnée par un tribunal. Ses parents âgés, résidant à Machhad, sont dans l’incapacité de se rendre à Téhéran, la laissant dans un isolement total.

Cette mesure viole ouvertement les articles 10 et 17 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et la règle 58 des Règles Nelson Mandela, qui garantissent un traitement humain et le droit des détenus à communiquer avec leurs proches.

Protestation pacifique et grève de la faim
En mai 2024, Sakineh Parvaneh a entamé une grève de la faim pour protester contre les mauvais traitements infligés aux prisonniers politiques et pour exprimer sa solidarité avec les familles endeuillées lors des manifestations nationales de 2022. Au lieu de répondre à ses revendications, les autorités pénitentiaires ont durci les restrictions à son encontre.

La répression d’une telle protestation non violente constitue une violation directe des articles 19 et 21 du PIDCP, qui garantissent la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique.

Une lettre depuis la prison : « Non à l’exécution »
En mars 2025, Sakineh Parvaneh a publié une lettre ouverte poignante dénonçant les condamnations à mort prononcées contre plusieurs prisonniers politiques, dont Mehdi Hassani, Pakhshan Azizi et Behrouz Ehsani.
Elle y écrivait :

« Quand quelqu’un est condamné à mort, nous ne demandons pas ce qu’il a fait.
Nous unissons nos voix pour dire non à l’exécution. »

Elle y évoquait également les années passées à partager sa cellule avec des femmes en attente de pendaison — parmi elles, Monireh Nourikia et Mahbubeh Roshandel, toutes deux exécutées.

Analyse juridique
Le cas de Sakineh Parvaneh met en lumière une série de violations systématiques des normes internationales relatives aux droits humains :

Les articles 7 et 10 du PIDCP interdisent la torture et les traitements inhumains.

L’article 14 garantit le droit à un procès équitable et à un avocat, droits qui lui ont été refusés.

Les règles 43 et 58 des Règles Mandela proscrivent l’isolement disciplinaire prolongé et la privation totale de contact.

L’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) protège la liberté d’expression, violée par la criminalisation de ses écrits et correspondances avec des médias.

Conclusion et appel à l’action
Sakineh Parvaneh demeure un symbole de résistance parmi les femmes emprisonnées en Iran, continuant de défier la répression du régime avec courage et conscience.

Les organisations internationales de défense des droits humains doivent d’urgence exiger :

la restauration de son droit au contact familial,

l’accès à un avocat indépendant,

et la fin des mesures punitives contre les prisonnières politiques.

L’emprisonnement et les sévices subis par Sakineh Parvaneh ne sont pas une exception, mais l’expression d’une politique systématique visant à réduire les femmes dissidentes au silence.

Pourtant, même derrière les barreaux, elle continue de porter la voix de la dignité et de la justice :

« Non à l’exécution, non au silence. »