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Juges de la mort – Partie 5

15/11/2025  Iman Afshari : le bras judiciaire de la répression et le juge des exécutions politiques à Téhéran
Iman Afshari, président de la 26ᵉ chambre du Tribunal révolutionnaire de Téhéran, est l’un des juges de la mort les plus redoutés de l’appareil judiciaire du régime iranien — un homme dépourvu de toute formation universitaire en droit, ayant uniquement étudié dans les séminaires religieux. Il n’est pas un juge au sens juridique du terme, mais un exécutant direct de la volonté des services de sécurité. Son nom reste associé à l’émission de condamnations à mort, à la torture et à des violations flagrantes des principes fondamentaux du procès équitable.

Depuis l’hiver 2019, l’un des juges de la mort, Iman Afshari, s’est imposé comme un instrument judiciaire de la répression, jouant un rôle central dans l’élimination des opposants politiques, des acteurs de la société civile, des femmes protestataires et des minorités religieuses. La 26ᵉ chambre du Tribunal révolutionnaire, créée pour traiter les affaires dites « de sécurité », est devenue sous sa direction l’un des principaux centres d’intimidation politique.

De nombreux prisonniers ont affirmé qu’il ne lit jamais les dossiers et qu’il rend des verdicts uniquement sur la base des rapports du Ministère du Renseignement et du Corps des Gardiens de la Révolution. L’un des accusés a déclaré :

« Afshari a dit que l’analyse des services de sécurité suffisait pour rendre un verdict. »

La neutralisation de la victime : quand l’analyse sécuritaire remplace le droit
L’attitude d’un des juges de la mort, Iman Afshari, montre clairement que, pour lui, la loi n’est qu’un outil destiné à justifier des décisions dictées par les appareils sécuritaires. L’exemple le plus révélateur reste l’affaire du cinéaste Mohammad Rasoulof.

En juillet 2019, l’un des juges de la mort Afshari l’a condamné à un an de prison et à des restrictions sociales. Lorsque Rasoulof lui a demandé s’il avait au moins regardé ses films, Afshari a répondu sans détour :

« Non ; l’analyse des services de sécurité suffit pour rendre un verdict. »

De nombreux prisonniers politiques et même des gardiens de prison ont évoqué son comportement insultant. La défenseure des droits humains Atena Daemi relate qu’il a déclaré à son père devant elle :

« Vous devrez répondre aux enfants des martyrs. Quel homme déshonorant êtes-vous pour avoir élevé une fille pareille ! »

Produire la mort sous couvert de justice
Dès son arrivée, la mort est devenue une routine judiciaire. Les détenus, jugés en quelques minutes, sans avocat, sans défense, faisaient face à des verdicts déjà rédigés dans les bureaux sécuritaires.

Ces dernières années, le juge de la mort Afshari a prononcé des centaines de lourdes peines de prison et des dizaines de condamnations à mort contre des prisonniers politiques.

Il a notamment condamné à mort, au titre du chef d’accusation religieux de baghi (« rébellion armée »), plusieurs sympathisants de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran :

Abolhassan Montazer, 65 ans

Pouya Ghobadi, 32 ans, ingénieur électricien

Vahid Bani-Amrian, 32 ans, titulaire d’un master

Babak Alipour, 33 ans, diplômé en droit

Mohammad Taghavi, 58 ans

Ali-Akbar Daneshvarkar, 57 ans, ingénieur civil

Tous ont été torturés, placés en isolement prolongé, soumis à des interrogatoires violents et privés d’avocat indépendant.

Afshari a également rendu d’autres condamnations à mort, notamment contre Pakhshan Azizi et quatre prisonniers kurdes : Mohsen Mazloum, Pejman Fatehi, Hezhir Faramarzi et Vafa Azarbar, ainsi que Habib Asyud, un Irano-Arabe binational exécuté à l’aube du 6 mai 2023.

Les dossiers, empreints d’accusations vagues et sans preuves, illustrent son rôle dans la répression systématique des minorités.

En seulement cinq mois, neuf condamnations à mort ont été émises par sa chambre — preuve que, sous sa main, le système judiciaire est devenu un instrument direct d’élimination politique.

L’exécution de Behrouz Ehsani Eslamlu et de Mehdi Hassani : le sommet du meurtre judiciaire
Le 27 juillet 2025, deux prisonniers politiques — Behrouz Ehsani Eslamlu et Mehdi Hassani — ont été exécutés à la prison de Qezel Hesar, en vertu de verdicts rendus par Afshari.
Ils étaient accusés d’« inimitié envers Dieu » pour des liens supposés avec les Moudjahidines — une accusation sans fondement légal.

Leurs familles ont été maintenues dans l’ignorance totale de leur lieu de détention comme de l’avancement de leur dossier, jusqu’à l’annonce soudaine de leur exécution.

Leurs audiences n’ont duré que quelques minutes, sans avocat. Amnesty International a qualifié ces exécutions de

« violation manifeste du droit à la vie »
tandis que les Rapporteurs spéciaux de l’ONU ont parlé de
« mise à mort judiciaire ».

L’ONG Iran Human Rights a déclaré qu’Afshari est devenu le nouveau visage du juge Salavati.

La misogynie judiciaire : répression des femmes protestataires
Dans les dossiers d’Iman Afshari figurent des dizaines de femmes condamnées pour avoir défendu la liberté et la dignité humaine. Il leur parle avec mépris et les considère comme une menace pour l’ordre patriarcal du régime.

Parmi ses victimes :

Forough Taghipour et Marziyeh Farsi, 15 ans de prison chacune

Arghavan Fallahi et Shiva Esmaeili, punies après avoir protesté contre l’incertitude autour de leurs dossiers

Mojgan Ilanlou, documentariste, condamnée à 10 ans de prison, 74 coups de fouet et diverses interdictions

Nazila Maroufian, journaliste, condamnée sans avocat à 2 ans de prison et 5 ans d’interdiction de voyager

Afshari a également réprimé les militantes opposées au voile obligatoire, prononçant un total de 58 ans de prison contre trois activistes.

En septembre 2019, il a condamné :

Fereshteh Didani à 30 ans de prison

Saba Kord-Afshari à 24 ans de prison

Raheleh Ahmadi, la mère de Saba, à 4 ans et 2 mois de prison

Il a aussi condamné Asrin Derkaleh, Nahid Shaghaghi, Maryam Mohammadi et Akram Nasrian, militantes de l’association La Voix des Femmes d’Iran, à 4 ans de prison chacune.

Les témoignages indiquent qu’il qualifie régulièrement les femmes de
« corrompues », « immorales »,
et considère la prison comme un moyen de
« purification du péché ».

Il ne se contente pas de prononcer des sentences : il inflige une humiliation systématique et une torture psychologique.

Conclusion
Ce cycle continu d’humiliations, de violences et de condamnations arbitraires n’est qu’une facette de l’action du juge de la mort, Iman Afshari.

Le prochain article examinera les dimensions plus larges et moins documentées de son rôle au sein des mécanismes idéologiques et sécuritaires du pouvoir judiciaire.