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Journée internationale de l’enfant : Enfances volées en Iran

23/11/2025  Analyse des violations systématiques des droits de l’enfant
À l’occasion de la Journée internationale de l’enfant
Dans de nombreux pays, la Journée internationale de l’enfant est un moment de célébration, de jeux et d’espoir pour un avenir meilleur ; une journée où écoles et familles mettent en avant les droits, la joie et la sécurité des enfants. Mais en Iran, sous le régime des mollahs, cette journée prend un sens tout autre. La réalité quotidienne de millions d’enfants iraniens est marquée par la pauvreté, l’insécurité, la discrimination, la violence structurelle et la privation de droits fondamentaux — une vérité indéniable qui révèle l’écart profond entre les normes internationales et leurs expériences quotidiennes.

Alors que le monde fête les enfants, ceux d’Iran restent pris au piège des exécutions, de la pauvreté, des mariages précoces et de la répression.

Droit à la Vie : Exécution de Mineurs et Violence officielle
L’Iran est le seul pays au monde où des personnes accusées de crimes commis avant 18 ans continuent d’être exécutées. Mai Sato, Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits humains en Iran, a appelé à l’arrêt immédiat de ces exécutions. Michelle Bachelet, alors Haut-Commissaire aux droits de l’homme, a également exhorté l’Iran à cesser sans délai ces mises à mort.

Plusieurs cas illustrent cette réalité :

Fatemeh Saleh Behi, mariée de force à 16 ans puis exécutée ;

Samad Zahabi, condamné à mort à 17 ans ;

Mehdi Rajai, âgé de seulement 16 ans lors des faits ;

deux adolescents de Shiraz dont les actes de naissance prouvaient qu’ils étaient mineurs, contrairement aux affirmations du pouvoir judiciaire.

Christof Heyns, Rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, a qualifié ces actes « d’exécutions illégales commises par l’État ».

Même l’article 91 du Code pénal islamique, censé réduire les exécutions de mineurs, a eu l’effet inverse. Une directive judiciaire de 2024 accorde aux juges un pouvoir discrétionnaire quasi total pour évaluer la « maturité » d’un mineur sur la seule base de leur « connaissance judiciaire », sans expertise médico-légale — un outil qui facilite les condamnations à mort au lieu de les limiter.

Enfants tués lors du soulèvement de 2022 : une violence organisée
Lors du soulèvement national de 2022, la violence contre les enfants a atteint un niveau effrayant. Au moins 70 mineurs ont été tués par des tirs directs des forces de sécurité. Amnesty International a documenté l’identité de 44 d’entre eux :
39 garçons de 2 à 17 ans et 5 filles de 6 à 17 ans.

Le schéma des homicides révèle une politique délibérée de terreur :

34 enfants ont été touchés à la tête ou à la poitrine ;

d’autres sont morts sous les tirs de fusils à plomb à bout portant ou après de violents passages à tabac.

Quelques noms tragiquement emblématiques :

• Kian Pirfalak, 9 ans — tué par tirs directs dans la voiture familiale à Izeh ; symbole d’un « gouvernement tueur d’enfants ».
• Nika Shakarami, 16 ans — morte après son arrestation ; coups et blessures par balles ; inhumation secrète.
• Sarina Esmailzadeh, 16 ans — tuée par de multiples coups de matraque à la tête à Karaj.
• Javad Pouzeh, 11 ans — abattu d’une balle dans la nuque en rentrant de la prière du vendredi à Izeh.
• Samer Hashem-zahi, 17 ans (Zahedan) — parmi les victimes du « Vendredi sanglant », symbole du massacre organisé d’enfants baloutches.

Ces noms ne représentent qu’une fraction des nombreuses victimes mineures tuées par la force létale systématique employée contre les manifestants.

Trafic d’Enfants : l’Exploitation la Plus Extrême
La pauvreté, l’addiction et l’absence de réseaux de soutien ont entraîné une hausse alarmante de la vente d’enfants dans plusieurs villes d’Iran. Dans certains cas, le trafic commence avant même la naissance : des familles démunies vendent leurs nouveau-nés pour des sommes dérisoires.

Les enfants trafiqués, surtout ceux de 8 à 15 ans, sont exposés au travail forcé, à l’exploitation extrême ou même à la vente d’organes lorsqu’ils sont considérés comme « non rentables ».

Ce phénomène reflète une structure qui abandonne les familles vulnérables et transforme les enfants en victimes invisibles de l’effondrement économique et social.

Pauvreté, Malnutrition et Privations Massives
La pauvreté structurelle touche des millions d’enfants en Iran. La malnutrition dans les provinces défavorisées est devenue une crise chronique. Des rapports nationaux font état de dizaines de milliers d’enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition, un nombre en hausse dans les régions les plus pauvres.

La baisse des revenus, l’inflation, la faible accessibilité alimentaire et l’impossibilité d’acheter des médicaments font des enfants les premières victimes de la crise économique, menaçant leur développement physique et cognitif.

Droit à l’Éducation : Abandons, Insécurité et Discriminations
Le droit à une éducation équitable est entravé par :

des infrastructures délabrées,

des classes surpeuplées,

des appareils de chauffage dangereux,

des bâtiments scolaires non sécurisés.

Dans certaines régions, les familles doivent choisir : envoyer les enfants dans des écoles dangereuses ou les laisser abandonner.

De plus, l’enseignement teinté d’idéologie et de discrimination de genre réduit la qualité éducative et empêche les enfants de se développer librement.

Travail des Enfants : des Rues au Cycle de la Pauvreté et de l’Exploitation
Le travail des enfants est l’une des violations les plus répandues et structurelles des droits de l’enfant en Iran. L’article 32 de la Convention relative aux droits de l’enfant oblige les États à protéger les mineurs de toute forme d’exploitation économique.
L’Iran ne respecte pas cet engagement.

En raison de la pauvreté, de l’absence de protection sociale et du coût de la vie, des millions d’enfants sont contraints de travailler :
dans les rues, les ateliers clandestins, les briqueteries, les emplois informels, ou encore dans le cycle dangereux du tri et de la collecte des déchets.

Ils travaillent de longues heures, sans assurance, sans supervision, exposés à des risques physiques et psychologiques graves.

Même les données officielles montrent l’ampleur du phénomène :
un rapport gouvernemental signale que, rien qu’à Téhéran, des milliers d’enfants collecteurs de déchets ont été recensés.
Des experts estiment que les chiffres sont largement sous-évalués et qualifient la situation de « catastrophique » dans des provinces comme le Sistan-Baloutchistan ou le Khorasan.

Les enfants travailleurs sont exposés aux abus sexuels, à la violence de rue et à l’exploitation économique — violations évidentes de l’article 34 de la Convention relative aux droits de l’enfant.

Certaines filières exploitent les enfants orphelins ou sans-abri pour les forcer au travail servile ou à l’exploitation sexuelle.

Autre dimension : l’utilisation d’enfants dans les réseaux de trafic de drogue — violation directe de l’article 33.
Dans les régions pauvres, les trafiquants recrutent facilement des mineurs. Certains rapports signalent une baisse de l’âge d’initiation à la drogue, y compris chez les adolescentes.

Discriminations Multiples Contre les Filles : Violences Sexuelles, Mariages Précoces, Précarité Sociale
Les filles iraniennes subissent une discrimination multidimensionnelle :
violences sexuelles, travail dans la rue, restrictions culturelles et mariages forcés.

Les chiffres officiels du Centre statistique iranien (2022) révèlent :

25 900 mariages impliquant des filles de moins de 15 ans ;

plus de 135 000 mariages annuels concernant des filles de moins de 18 ans ;

environ 1 700 mariages d’enfants de moins de 13 ans.

Conséquences dramatiques :

1 392 bébés nés de mères de moins de 15 ans ;

779 divorces impliquant des filles de moins de 15 ans.

Les mariages précoces entraînent grossesse précoce, abandon scolaire, dépendance économique et traumatisme psychologique.

Enfants Porteurs, Enfants Sans Statut, Enfants des Minorités
Dans les zones frontalières, les enfants porteurs (koulbars) risquent leur vie face aux tirs des forces de sécurité, aux chutes mortelles ou aux mines terrestres.

Les enfants sans certificat de naissance ou issus de mariages non enregistrés sont privés de droits essentiels comme l’école ou les soins médicaux.

Les enfants baloutches, kurdes et arabes du Khuzestan subissent des discriminations systématiques en matière d’éducation, de services publics et de sécurité.

Condamnations Internationales et Surveillance Mondiale
Les organisations internationales dénoncent régulièrement les violations des droits de l’enfant en Iran.

Amnesty International, dans un rapport détaillé, a décrit :

l’homicide d’enfants durant le soulèvement de 2022,

des arrestations arbitraires,

des intimidations et menaces contre les familles,
comme preuves d’« une brutalité inimaginable et d’un effort systématique pour dissimuler les crimes ».

UNICEF s’est dite « profondément préoccupée » par les enfants tués, blessés ou arrêtés lors des manifestations, appelant à leur protection immédiate.

L’organisation a également réaffirmé la demande du Secrétaire général de l’ONU de mettre fin à l’usage excessif de la force, qualifiant les attaques contre les écoles et les enfants « d’inacceptables ».

Save the Children, lors du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, a réclamé :

une condamnation ferme des homicides et arrestations d’enfants,

et la création d’un mécanisme indépendant pour enquêter sur les violations.

L’organisation estime que l’ampleur des abus dépasse les schémas habituels et nécessite une surveillance internationale renforcée.

Blocage de la Surveillance Internationale
En invoquant sa réserve à la Convention relative aux droits de l’enfant, l’Iran entrave l’application de plusieurs obligations internationales.
Son refus d’adhérer au Protocole facultatif sur les communications bloque la possibilité pour les enfants de déposer plainte — affaiblissant la surveillance globale et facilitant la poursuite des violations.

Appel à la Communauté Internationale et aux Organismes de Défense des Droits
Demander au Conseil des droits de l’homme de créer un mécanisme indépendant pour enquêter sur les exécutions de mineurs et les homicides d’enfants.

Renforcer et prolonger le mandat du Rapporteur spécial sur les droits humains en Iran.

Exhorter le Comité des droits de l’enfant à faire du mariage des enfants une priorité.

Soutenir des programmes d’urgence contre la malnutrition infantile et la pauvreté.

Créer des systèmes spécialisés de protection pour les enfants travailleurs, trafiqués ou exploités.

Mandater l’UNICEF et le HCR pour surveiller les enfants sans documents et garantir leur accès aux services essentiels.

Encourager les États à soutenir l’adhésion de l’Iran au Protocole facultatif sur les communications.

Promouvoir la réforme des lois discriminatoires et l’élimination de la violence structurelle contre les enfants.

Conclusion Finale
En Iran, la Journée internationale de l’enfant n’est pas une célébration, mais un rappel douloureux de ce que vivent des millions d’enfants :
pauvreté, violence, discrimination, répression et déni de leurs droits fondamentaux.

Ce rapport démontre que les violations massives des droits de l’enfant en Iran découlent de politiques et de structures qui privilégient les intérêts politiques au détriment du bien-être des enfants.

La redevabilité, la transparence et le contrôle international sont des conditions indispensables pour tout changement durable.

L’avenir d’une société dépend de la façon dont elle protège ses enfants ; en Iran aujourd’hui, cette protection est plus urgente que jamais.