14/01/2026 Comment plus d’un siècle de résistance a conduit à une exigence nationale de liberté, de dignité et à la fin de toutes les formes de pouvoir héréditaire en Iran
Si l’on imaginait les 120 dernières années de soulèvements en Iran comme un escalier, chaque génération aurait franchi une marche supplémentaire vers la liberté et l’égalité. Aucun soulèvement n’a jamais existé isolément. Chacun a fait progresser la société, affaibli la dictature et préparé le terrain pour la vague de résistance suivante. De ce point de vue, chaque révolte a rapproché l’Iran de la défaite finale de l’autoritarisme.
Le soulèvement de janvier 2026 (Dey 1404) doit être compris comme l’une des étapes les plus cruciales de ce long parcours. Il incarne un rejet clair et collectif de toutes les formes de dictature héréditaire — qu’elles soient monarchiques, religieuses ou idéologiques. Ce que réclament aujourd’hui les Iraniens n’est pas une réforme de la tyrannie, mais son enterrement définitif.
Ce que toutes les dictatures iraniennes ont eu en commun
Malgré leurs appellations et leurs apparences différentes, les dictatures de l’Iran moderne ont suivi un schéma fondamentalement identique. Elles se sont appuyées sur un ensemble de mécanismes récurrents pour maintenir un pouvoir absolu :
Transformer chaque aspect de la vie en une « question de sécurité »
Ignorer ou violer la Constitution par un pouvoir politique et idéologique sans contrôle
Présenter le dirigeant — roi ou guide suprême — comme sacré et intouchable
Refuser de répondre aux revendications publiques, qu’elles soient économiques, sociales ou politiques
Faire taire toutes les voix, à l’exception de celle du pouvoir
Contrôler l’économie pour enrichir des élites loyales tout en creusant les inégalités sociales
Affaiblir l’éducation et promouvoir l’ignorance afin d’empêcher l’esprit critique
Emprisonner, exiler ou exécuter les opposants et les voix dissidentes
Inscrire la dictature dans des institutions et des structures permanentes
Dans de tels systèmes, les pensées, les croyances et même les identités personnelles doivent passer par le filtre du pouvoir en place. Quiconque refuse de s’y soumettre est qualifié d’ennemi et devient la cible de la propagande, de la diffamation, de l’emprisonnement, de l’exil ou de l’exécution.
Comprendre ces mécanismes permet de mesurer toute l’importance du soulèvement de janvier 2026 : il ne se contente pas de contester les symboles de la dictature, il en attaque les fondements mêmes.
Pourquoi la liberté est essentielle
Une société privée de liberté ne se limite pas à l’absence d’élections ou de partis politiques. Elle perd progressivement sa créativité, sa dignité et son potentiel humain. Lorsque la liberté de pensée et d’expression est supprimée, les citoyens ne peuvent même plus poser des questions élémentaires — encore moins chercher des réponses ou des solutions.
La véritable liberté implique la liberté politique au sens plein : liberté de croyance, de parole, d’écriture, de critique et de choix. Elle définit, au fond, la relation entre l’État et l’individu. À cette aune, le système du velayat-e faqih a totalement échoué. Depuis 47 ans, il ne survit qu’au moyen du mensonge, de la répression et de la destruction systématique de la vérité.
Les échecs stratégiques du régime
Malgré sa brutalité, le régime clérical a échoué à plusieurs reprises :
Il n’a pas réussi à transformer l’ignorance en état permanent de la société
Il n’a pas réussi à entraîner la nation derrière son idéologie fondée sur la guerre
Il n’a pas réussi à imposer durablement le voile obligatoire et la misogynie institutionnalisée
Il n’a pas réussi à briser la volonté populaire par la pauvreté, la corruption et la peur
Au lieu de la soumission, ces politiques ont engendré la résistance. Au lieu du silence, elles ont donné naissance à des générations de défi.
Des soulèvements passés à une volonté nationale
Des manifestations de juin 1981 aux soulèvements nationaux de 2017, 2019 et 2022, tous les mouvements précédents convergent aujourd’hui. Ils trouvent leur expression collective dans le soulèvement de janvier 2026.
Ce mouvement n’est plus isolé ni éphémère. Il se transforme en une volonté nationale, partagée entre les villes, les générations et les catégories sociales. Son objectif est sans ambiguïté : mettre un terme définitif à la dictature héréditaire.
Il ne fait guère de doute que si ce mouvement poursuit sa trajectoire actuelle, il marquera un chapitre historique de l’avenir de l’Iran — un chapitre dans lequel cette terre deviendra, de manière irréversible, le tombeau de la dictature, et le socle de la liberté, de l’égalité et de la dignité humaine.
