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Soulèvement populaire en Iran : « Et les rues se sont transformées en bain de sang »

24/01/2026  Récits de terrain d’une guerre totale menée contre des civils non armés lors du soulèvement populaire en Iran« Et les rues sont devenues un bain de sang. C’était la guerre ; une guerre à grande échelle entre des gens venus à mains nues et des forces tirant avec des armes militaires réelles. »

Ce témoignage, fourni par un témoin direct du soulèvement national en Iran, s’est répété de ville en ville et de localité en localité à travers le pays. Les témoins ont décrit des tirs directs sur les foules, des tirs de type exécution sur des manifestants blessés gisant au sol, l’enlèvement rapide des corps, et un climat de terreur qui a transformé les rues publiques en champs de mise à mort en l’espace de quelques heures. Ce qui s’est déroulé n’était pas un maintien de l’ordre, mais une violence organisée et débridée, effaçant toute frontière restante entre répression et massacre de masse.

Un soulèvement national : de la rue au blackout numérique
Au 10 janvier 2026, le soulèvement national s’était étendu à au moins 220 villes et localités à travers l’Iran. Des manifestations ont éclaté dans de grands centres métropolitains, notamment Téhéran, Mashhad, Ispahan, Chiraz, Tabriz et Rasht, ainsi que dans des villes plus petites mais particulièrement combatives telles qu’Abdanan, Fardis (Karaj), Lordegan et Malard.
Des rapports ont également fait état d’affrontements intenses dans la province du Lorestan, en particulier à Malekshahi et dans d’autres villes rebelles, où les manifestants ont fait face à une force létale et ont subi de lourdes pertes.

La réponse des autorités à cette ampleur géographique n’a été ni le dialogue ni la gestion de crise. Le régime au pouvoir a au contraire déployé une militarisation massive, imposant de fait un état de loi martiale non déclaré. Parallèlement, l’Iran a été plongé dans un blackout numérique délibéré. Les coupures d’Internet et les perturbations sévères de la connectivité ont empêché la transmission d’images, de témoignages oculaires et de toute documentation indépendante des violations. Cette répression numérique reste en vigueur, entravant gravement toute possibilité de rendre des comptes.

Victimes et arrestations de masse : tuer sous couvert de suppression de l’information


En raison de la censure systématique et de la répression, déterminer l’ampleur réelle des pertes humaines demeure extrêmement difficile. Néanmoins, sur la base de données de terrain agrégées, d’estimations prudentes citées par les Nations unies et de vérifications indépendantes, au moins plus de 3 000 morts ont été confirmés à ce jour. Ce chiffre constitue un seuil minimal et n’inclut que les cas ayant pu être corroborés de manière indépendante.

Parmi les victimes figuraient des enfants et des adolescents de moins de 18 ans. Dans certains cas documentés, un enfant âgé de seulement cinq ans a été tué par des tirs à balles réelles. Ces meurtres démontrent que la violence employée était indiscriminée et qu’aucune distinction réelle n’a été faite entre manifestants, passants et mineurs.

Parallèlement, des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées. Les estimations situent le nombre de détenus jusqu’à 50 000 individus. Beaucoup ont été interpellés sans mandat, détenus dans des lieux non divulgués et privés d’accès à un avocat. De telles conditions augmentent considérablement les risques de torture, de disparition forcée et de procédures judiciaires expéditives. Dans un contexte de blackout numérique, l’écart entre les données confirmées et l’ampleur réelle des violations ne cesse de s’élargir.

Usage de la force létale et meurtres de rue : un schéma coordonné de violence
Des preuves visuelles et des témoignages oculaires indiquent que les forces de sécurité et les unités paramilitaires affiliées ont utilisé des armes lourdes de type militaire en plus des armes légères. Dans de nombreux cas, des forces armées ont tiré depuis les toits et des positions surélevées, déployant des mitrailleuses lourdes, y compris des armes de type DShK, et visant indistinctement les foules en contrebas.

Au niveau des rues, les rapports décrivent de manière constante des tirs à balles réelles à courte distance, des tirs sans sommation et un ciblage délibéré des individus. Dans de multiples incidents, des manifestants blessés, déjà à terre, ont été abattus de nouveau à bout portant, constituant des exécutions sommaires. Pris dans leur ensemble, ces faits révèlent la mise en œuvre d’un schéma coordonné de tueries de masse à l’échelle des rues, et non des actes de violence isolés ou spontanés.

Corps, centres de détention et familles à la recherche des morts
Parallèlement aux tueries de rue, de nombreux rapports ont documenté l’enlèvement clandestin des corps et la restitution conditionnelle ou retardée des dépouilles aux familles. Dans différentes régions, les corps ont été transférés dans des sacs mortuaires noirs, souvent sans documentation officielle. Des images provenant des centres de détention de Kahrizak ont largement circulé, mais ces scènes n’étaient pas exceptionnelles : elles reflétaient un schéma national généralisé.

Les familles ont passé des jours à se rendre dans les morgues, les centres de détention et les instituts médico-légaux à la recherche de proches disparus. Dans de nombreux cas, elles ont été contraintes au silence ou empêchées d’organiser des cérémonies publiques de deuil. La combinaison du chagrin, de l’intimidation et du silence forcé a aggravé les souffrances infligées aux familles des victimes.

Détentions arbitraires et aveux forcés sous la torture
Les arrestations massives se sont accompagnées de nombreux signalements de détentions arbitraires et de disparitions forcées. Les détenus ont souvent été maintenus au secret, les familles étant privées de toute information sur leur sort.

De nombreux témoignages font état de violences physiques et psychologiques visant à extorquer des aveux forcés, notamment des passages à tabac, la privation de sommeil, des menaces contre les membres de la famille et de longs placements à l’isolement. Ces aveux, obtenus sans garanties juridiques, ont ensuite été utilisés comme outils d’intimidation publique et de justification a posteriori de la répression.

Rapporteuse spéciale de l’ONU : seuil des crimes contre l’humanité et rôle des médecins
La Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains en Iran, Mai Sato, a publiquement souligné la nécessité de mettre en place un mécanisme international indépendant d’établissement des faits afin d’évaluer si les violations commises durant le soulèvement atteignent le seuil juridique des crimes contre l’humanité. Elle a rappelé que ces crimes se définissent par des attaques généralisées ou systématiques contre des civils, incluant les meurtres, la torture et la détention arbitraire, commises avec intention.

La Rapporteuse spéciale a également noté que la quasi-totalité de la coupure d’Internet a rendu la vérification indépendante des pertes humaines de plus en plus difficile, renforçant la nécessité d’enquêtes sur le terrain. Elle a mentionné des estimations prudentes situant le nombre de morts à plus de 5 000, tout en reconnaissant l’existence de rapports faisant état de chiffres nettement plus élevés.

De manière cruciale, elle a mis en lumière le rôle des médecins à l’intérieur de l’Iran qui, malgré des risques extrêmes, ont facilité la transmission d’informations concernant les blessés et les morts depuis les hôpitaux vers l’extérieur. L’accès à des connexions satellitaires a permis à certains professionnels de santé de documenter les blessures et les décès. Sans leurs actions, l’ampleur réelle et les schémas de la violence létale seraient restés en grande partie dissimulés.

Déclarations officielles : reconnaissance implicite de l’ampleur des tueries
Les déclarations publiques de hauts responsables constituent une reconnaissance implicite de l’ampleur de la violence. Ali Khamenei a publiquement évoqué la mort de « plusieurs milliers » de personnes. Mohammad Bagher Ghalibaf a qualifié le soulèvement de « guerre terroriste » et a également reconnu « des milliers » de morts.
Par ailleurs, Gholamhossein Mohseni Ejei a souligné qu’il n’y aurait « aucune indulgence » pour les personnes arrêtées.

Ce langage assimile la protestation civile à un ennemi à éliminer et démontre une conscience, au plus haut niveau de l’État, tant de l’ampleur que de la létalité de la répression.

« Notre travail principal ne fait que commencer » : menaces d’exécutions de masse
Dans une déclaration publique, le chef du pouvoir judiciaire a affirmé que « notre travail principal ne fait que commencer », tout en réitérant les avertissements antérieurs selon lesquels aucune clémence ne serait accordée. Ces propos signalent des préparatifs en vue de poursuites intensifiées et de la mise en œuvre accélérée de peines sévères, y compris des exécutions.

De telles menaces suscitent de graves inquiétudes quant à la transition d’une violence de masse dans la rue vers une violence de masse judiciarisée, en particulier contre des détenus privés de garanties procédurales.

Conclusion
Ce qui s’est déroulé lors du soulèvement national en Iran n’était ni un maintien de l’ordre ni une simple escalade de la répression habituelle. Il s’est agi d’une campagne délibérée et sanglante de meurtres de masse, menée à l’échelle nationale et sans précédent dans l’histoire contemporaine de l’Iran. Le régime clérical au pouvoir a levé toutes les retenues, amenant la violence de masse directement dans les rues et ciblant des civils non armés comme politique délibérée.

Cette violence est enracinée dans la peur. Confronté à l’effondrement économique, à l’impasse politique et à l’érosion de son pouvoir régional et de ses relais, le régime a compris que le soulèvement n’était pas un mouvement de protestation temporaire, mais une trajectoire directe vers son renversement. En conséquence, sa réponse n’a pas été le confinement, mais l’élimination physique, la terreur judiciaire et le silence national.

Les tueries de rue, le meurtre d’enfants, la dissimulation clandestine des corps, les arrestations arbitraires de masse, les aveux forcés sous la torture et les menaces explicites d’exécution n’étaient pas des abus isolés. Ils formaient une seule et même décision coordonnée, prise en pleine connaissance du coût humain.

Ce rapport établit que la répression récente ne visait pas à maintenir l’ordre public, mais à empêcher le renversement du système au pouvoir, au prix de vies humaines délibérément rendues nombreuses et dissuasives. Ce moment ne marque pas la fin d’un processus ; il marque le début de la fin d’un régime clérical dépendant de la violence et le commencement irréversible d’un mouvement soutenu vers la liberté porté par le peuple iranien.