26/02/2026 Au lendemain de la répression des 8 et 9 janvier 2026 contre les manifestations nationales en Iran, des images en provenance de l’hôpital Alghadir ont commencé à circuler en ligne : des corps enveloppés dans des couvertures, alignés dans des couloirs et des espaces improvisés. À première vue, ces scènes semblaient révéler une mauvaise gestion hospitalière ou un manque d’équipement. Mais la réalité était bien plus grave. L’hôpital avait été submergé par un afflux soudain de victimes après que des milliers de personnes eurent été tuées au cours de deux des journées les plus meurtrières de troubles récents en Iran.
Ce qui s’est produit à l’intérieur d’Alghadir n’était pas un simple échec administratif isolé. C’était la ligne de front médicale d’une crise politique.
Démonstrations pacifiques devenues pertes massives
Les manifestations de janvier 2026 ont commencé comme des rassemblements largement pacifiques dans plusieurs villes, motivés par des revendications économiques et des demandes plus larges de réforme politique. Des témoins ont décrit des foules de jeunes hommes et femmes scandant des slogans et se rassemblant sur des places publiques.
Dans la soirée du 8 janvier, les forces de sécurité ont entrepris de disperser les foules. Selon des rapports de terrain et des témoignages partagés par des militants et des sources locales, des munitions réelles ont été utilisées dans plusieurs zones. Au cours des 48 heures suivantes, la violence s’est rapidement intensifiée.
Le nombre de blessés a fortement augmenté. Des milliers de morts ont été signalés. Dans certains quartiers, des habitants ont transporté les blessés dans des voitures privées, des camionnettes et des taxis, les ambulances peinant à suivre le rythme.
Les hôpitaux sont devenus la destination immédiate — et, dans de nombreux cas, la dernière étape.
Hôpital Alghadir : un système débordé
L’hôpital Alghadir figurait parmi les principaux établissements recevant les blessés. Le personnel médical a été confronté à un afflux de patients largement supérieur à la capacité habituelle des services d’urgence. Les blocs opératoires ont été saturés. Les couloirs se sont remplis. Les fournitures ont diminué.
En quelques heures, la morgue a atteint sa capacité maximale.
Selon un rapport publié par Shargh : « Les corps étaient conservés dans des conditions où les installations de stockage réfrigéré ne pouvaient pas absorber le volume de dépouilles, entraînant une situation anormale et éprouvante. » Le journal a également noté que l’augmentation soudaine du nombre de décès avait perturbé les procédures normales de l’hôpital.
Les images désormais virales de corps enveloppés dans des couvertures résultaient directement de cette saturation. Les unités de réfrigération étant pleines, le personnel aurait eu recours à des mesures temporaires afin de préserver la dignité et l’ordre dans des circonstances extraordinaires.
Un personnel médical sous pression
Médecins et infirmiers se sont retrouvés à travailler dans ce qui ressemblait à une zone d’urgence pour victimes de masse. Contrairement aux catastrophes naturelles ou aux accidents industriels, cette crise s’est toutefois déroulée dans un contexte de forte sensibilité sécuritaire.
Les soignants ont dû faire face non seulement au défi clinique de traiter un grand nombre de victimes traumatisées, mais aussi au poids émotionnel de voir des vies jeunes brutalement interrompues. Dans certains cas, des familles auraient parcouru les couloirs à la recherche de proches disparus, ne sachant pas s’ils se trouvaient parmi les blessés ou les morts.
L’effondrement du fonctionnement hospitalier n’était pas simplement logistique ; il reflétait l’ampleur et la rapidité de la violence qui l’avait précédé.
Le vide d’information
Malgré l’ampleur des événements, les chiffres officiels des victimes n’ont pas été entièrement clarifiés. Les estimations indépendantes varient et les nombres précis demeurent contestés. Ce qui est certain, c’est que l’infrastructure de santé de certaines villes a été brusquement poussée au-delà de ses limites.
Alghadir est devenu un symbole non parce qu’il aurait échoué dans des circonstances ordinaires, mais parce qu’il portait la marque visible d’un traumatisme national.
Les corps recouverts de couvertures n’étaient pas la preuve d’un dysfonctionnement quotidien. Ils témoignaient d’un afflux d’une telle ampleur que même des centres médicaux urbains établis ne pouvaient l’absorber.
Derrière chaque couverture, une histoire
Pour de nombreuses familles, les manifestations de janvier 2026 ne se sont pas terminées lorsque les rues se sont vidées. Derrière chaque image diffusée en ligne se trouvait un fils, une fille, un ami — quelqu’un qui était descendu dans la rue en croyant que sa voix comptait.
L’hôpital Alghadir est devenu un témoin involontaire de ces derniers instants. Ses couloirs ont abrité non seulement des blessés, mais aussi le choc et l’incrédulité de parents, de frères et sœurs et d’amis en quête de réponses.
L’histoire de l’hôpital est indissociable de celle des manifestations elles-mêmes. Elle illustre la rapidité avec laquelle des rassemblements pacifiques peuvent dégénérer en pertes massives — et la difficulté des institutions conçues pour des temps ordinaires à faire face à une violence extraordinaire.
Près de plusieurs mois plus tard, ces images demeurent gravées dans la mémoire collective. Non comme les symboles d’un échec administratif, mais comme des rappels saisissants d’un moment où le coût de la dissidence s’est mesuré en milliers de vies.
