26/02/2026 Les manifestations étudiantes du 21 au 25 février révèlent une colère grandissante, une rupture générationnelle et un régime en difficulté pour contenir une société agitée depuis janvier
Universités : répliques de janvier 2026
La nouvelle vague de protestations à travers les universités iraniennes entre le 21 et le 25 février confirme une réalité centrale : l’insurrection de janvier 2026 n’a pas été une explosion isolée de colère, mais le début d’une phase durable de confrontation politique et sociale.
Le quotidien étatique Jahan Sanat a décrit les événements de Dey 1404 (janvier 2026) comme un « tournant historique » dont les répliques sont désormais clairement visibles sur les campus. Ce qui s’est déroulé au début d’Esfand (fin février) dans les principales universités, soutient le journal, doit être compris comme faisant partie du même chapitre — une extension de ce « séisme ».
Ce cadrage est significatif. Même des voix au sein de la sphère médiatique tolérée par le régime reconnaissent que l’agitation est systémique, de long terme et profondément ancrée dans le tissu psychologique de la société.
Griefs accumulés, non incidents isolés
Les manifestations sont décrites à plusieurs reprises comme le produit d’un « mécontentement accumulé ». Cette terminologie suggère des griefs structurels — difficultés économiques, exclusion politique, répression et marginalisation générationnelle — plutôt qu’un trouble spontané.
Les avertissements dans les commentaires affiliés à l’État sont inhabituellement sévères :
Si aucun changement significatif n’intervient, la société doit se préparer à des « conséquences plus dangereuses ».
L’échec à créer un espace de dialogue ne réparera pas les divisions mais les approfondira.
Une déception et un désespoir généralisés pourraient se transformer en une instabilité plus large.
Un tel langage signale une anxiété au sein des élites. Les propres commentateurs du régime concèdent implicitement que la répression sans réforme risque d’aggraver l’agitation plutôt que de la contenir.
Le facteur jeunesse : une impasse générationnelle
La statistique la plus révélatrice provient peut-être d’Etemad :
77 % des personnes arrêtées lors des manifestations de janvier 2026 avaient moins de 30 ans.
Parmi elles, 17 % étaient des lycéens et 6 % des étudiants universitaires.
Cette réalité démographique est politiquement explosive.
La tension actuelle est décrite non comme un « fossé » entre générations, mais comme un blocage — une « impasse ». Les jeunes auraient le sentiment que même lorsque leurs voix sont entendues, rien ne change. Le silence, dans ces conditions, devient une frustration comprimée — prête à se transformer en colère.
Il ne s’agit pas d’apathie. Il s’agit d’une transition des attentes de réforme vers un rejet structurel.
Campus assiégés
Selon le quotidien étatique Tose’e Irani, la réouverture des universités a été marquée par des confrontations, des vitres brisées, des altercations physiques et une tension psychologique visible. La signification symbolique est claire :
Les halls universitaires autrefois considérés comme des espaces sûrs ont été brisés.
Les campus ressemblent de plus en plus à des zones sécurisées plutôt qu’à des institutions académiques.
Les étudiants affrontent non seulement les forces de sécurité, mais aussi des groupes organisés pro-régime.
La question clé, non résolue, soulevée dans la couverture médiatique :
En vertu de quelle autorité légale des groupes de contre-manifestants sont-ils habilités à affronter physiquement des étudiants ?
La présence de tels groupes révèle la stratégie du régime : confrontation indirecte, dénégation plausible et intimidation au sein d’institutions traditionnellement associées à la société civile.
La fin de « l’ère du commandement »
L’une des analyses les plus frappantes décrit l’émergence d’une nouvelle génération qui :
Ne comprend pas le langage des « ordres et commandements » du régime.
Considère l’université non comme une fabrique de diplômes, mais comme une forteresse pour reconquérir une identité civique.
Réagit aux listes de menaces et à l’intimidation disciplinaire non par le retrait, mais par une colère intensifiée.
Il s’agit d’un changement qualitatif.
Les mécanismes de contrôle efficaces lors des décennies précédentes — dossiers disciplinaires, filtrage idéologique, pression bureaucratique du régime — sont désormais décrits comme inefficaces face à une génération politiquement consciente, connectée numériquement et psychologiquement mobilisée.
Peur du régime et dilemme stratégique
Le ton des commentaires reflète une inquiétude institutionnelle :
La sécurisation continue risque de transformer les universités en centres de crise permanents.
Le coût de la répression pourrait devenir « irréparable ».
Le cycle de violence pourrait détruire « tous les ponts du retour ».
Il ne s’agit pas d’une rhétorique révolutionnaire — mais d’un avertissement émergeant de l’intérieur même du discours du système.
Le régime est confronté à un dilemme structurel :
Concéder un espace politique et risquer d’encourager la dissidence.
Intensifier la répression et risquer de radicaliser toute une génération.
Chaque option comporte des implications déstabilisatrices.
La continuité de janvier
Les manifestations universitaires de février démontrent trois réalités stratégiques :
La colère de janvier 2026 ne s’est pas dissipée. Elle s’est déplacée vers des espaces structurés — universités, écoles, institutions civiques.
La participation des jeunes est centrale, non périphérique. Le noyau démographique de l’insurrection demeure mobilisé.
Le récit de contrôle du régime s’affaiblit. Même des médias alignés sur le régime reconnaissent des fractures systémiques et des conséquences à long terme.
Les vitres brisées et les chaises vides de professeurs décrites dans les rapports ne sont pas de simples dégâts matériels. Elles symbolisent une crise de légitimité qui se déploie au sein des institutions qui reproduisaient autrefois l’autorité de l’État.
Conclusion : une société au-delà de l’endiguement
Les manifestations du 21 au 25 février ne constituent pas un simple trouble universitaire isolé. Elles témoignent que :
Le choc politique de janvier 2026 continue de se répercuter.
La colère de la jeunesse s’est durcie en détermination.
Les instruments de peur du régime perdent leur capacité dissuasive.
Les réformes structurelles restent absentes.
Les universités sont redevenues des baromètres du mécontentement national en Iran. Ce qui se déroule n’est pas seulement un activisme étudiant, mais une confrontation générationnelle avec un modèle de gouvernance perçu comme non réactif et excluant.
Si janvier fut le séisme, février semble démontrer que la faille demeure active.
