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Mort d’Ali Larijani : renforcera-t-elle les fractures du pouvoir en Iran ?

19/03/2026  Un acteur clé du pouvoir a disparu. Alors que les tensions augmentent à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran, la question se pose désormais : le système peut-il gérer ses divisions internes sans l’un de ses derniers intermédiaires ?

Les informations sur la mort d’Ali Larijani — longtemps considéré comme l’un des principaux intermédiaires politiques de la République islamique — ont soulevé des questions urgentes sur l’avenir de l’équilibre du pouvoir en Iran. L’importance de ce développement dépasse la perte d’un responsable expérimenté ; elle touche à un rôle qu’il a exercé discrètement pendant des années : gérer les fractures internes au sein du système. Son absence pourrait désormais avoir des conséquences plus larges.

Ali Larijani était largement perçu comme une figure capable de naviguer entre des factions rivales — en particulier entre celles marginalisées et celles solidement ancrées au pouvoir. Cette capacité faisait de lui l’un des rares responsables à conserver une influence au sein de la structure formelle tout en restant acceptable, ou du moins tolérable, pour plusieurs camps politiques.

Pourquoi la mort d’Ali Larijani est importante
Ali Larijani n’était pas simplement un autre acteur politique. Sa carrière s’étendait sur certaines des institutions les plus sensibles de la République islamique — de la direction de la radiotélévision publique à la fonction de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, puis de président du Parlement. Au fil du temps, il est devenu une figure capable de combler les divisions institutionnelles et de traduire des intérêts concurrents en compromis réalisables.

Ces dernières années — notamment après sa disqualification de l’élection présidentielle — son image publique semblait affaiblie. Pourtant, il restait un acteur influent en coulisses, capable de maintenir les canaux de communication entre les factions écartées et le noyau du pouvoir.

Cette perception a de nouveau changé après la soi-disant guerre de 12 jours, lorsque le Guide suprême Ali Khamenei l’a nommé à nouveau secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale — l’un des postes les plus sensibles de la structure politico-sécuritaire iranienne. Le moment était significatif : les tensions régionales avec les États-Unis et Israël s’accentuaient, tandis que des signes de troubles internes renaissants apparaissaient également. Cette nomination suggérait que, même dans un contexte de centralisation accrue, le système avait encore besoin de figures capables de gérer des tensions internes et externes complexes.

Le rôle souvent négligé d’un intermédiaire politique
Ce qui était souvent sous-estimé chez Larijani, c’était sa fonction de tampon politique. Dans un système où la compétition factionnelle conduit fréquemment à l’exclusion pure et simple, des figures comme lui contribuaient à empêcher que les rivalités ne se transforment en fractures irréversibles.

En ce sens, Larijani était plus qu’un décideur politique : il constituait un mécanisme de stabilisation au sein du système politique.

La République islamique peut-elle combler le vide ?
La capacité du système à absorber cette perte dépend de plusieurs facteurs :

Consolidation du pouvoir : La structure de pouvoir iranienne s’est recentrée ces dernières années. Si cela peut créer une cohésion à court terme, cela réduit également la flexibilité à long terme. La disparition de figures capables de médiation ne fait qu’accélérer cette tendance.

Remplacement difficile : Larijani n’est pas facilement remplaçable. De nombreux responsables actuels sont soit fortement liés à des factions spécifiques, soit manquent de la crédibilité nécessaire pour agir comme intermédiaires. Cela pourrait creuser l’écart entre les groupes marginalisés et le noyau dirigeant.

Conditions sociales et économiques : À un moment de mécontentement croissant et de pressions économiques, les fractures au niveau de l’élite peuvent avoir des conséquences plus graves à l’échelle de la société.

Perspectives à venir
À court terme, l’establishment politique cherchera probablement à contenir l’impact de ce développement en renforçant la cohésion interne — possiblement en élevant des figures plus loyales ou en redéfinissant les lignes de communication internes.

À moyen terme, deux scénarios se dessinent :

Renouveau des intermédiaires : Le système parvient à cultiver de nouvelles figures intermédiaires, relançant un modèle de pluralisme interne contrôlé. Cela nécessiterait un recul partiel de la tendance récente à l’uniformité.

Profondeur des divisions : Sans des figures comme Larijani, les tensions internes pourraient devenir plus difficiles à gérer, affectant potentiellement la prise de décision au plus haut niveau et rendant les désaccords plus visibles.

Ce qui peut passer inaperçu
Une dimension moins discutée est l’impact sur les réseaux de pouvoir informels. Au fil des décennies, Larijani a construit des liens à travers les institutions bureaucratiques, politiques et sécuritaires. Supprimer un tel nœud du système pourrait perturber des équilibres internes délicats de manière non immédiatement visible.

Conclusion
La mort de Larijani — quelles que soient les circonstances — marque plus que la fin d’une carrière politique. Elle signale un possible changement dans la manière dont le pouvoir est géré au sein de la République islamique.

La question centrale n’est pas simplement de savoir qui pourrait le remplacer, mais si le système permet encore l’émergence de figures capables de combler les divisions internes.

À un moment où les pressions politiques, sociales et économiques s’intensifient, l’absence de tels intermédiaires pourrait rendre la cohésion interne plus difficile à maintenir — et poser une question plus large sur l’avenir du système : se dirige-t-il vers une structure plus unifiée mais fragile, ou conserve-t-il encore la capacité de rétablir un équilibre interne ?