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Reza Pahlavi et l’héritage de l’ère du Shah : quand l’histoire est niée, qu’advient-il des cicatrices de la torture ?

02/05/2026

Par Pooneh Rohi

Initialement publié dans Dagens Nyheter le 28 avril 2026 (Kulturdebatt)

À l’ère de la désinformation, nous sommes parfois contraints de réaffirmer des évidences : une tasse est une tasse, le printemps fait fleurir les jardins, et le Shah d’Iran était un tyran. Ce dernier point est pourtant l’objet d’un déni persistant de la part de l’entourage de son fils, Reza Pahlavi, qui a récemment été invité en Suède par des responsables politiques.

Lors de son passage à Stockholm, Reza Pahlavi a balayé les questions sur la torture sous le règne de son père, exhortant à se concentrer sur le présent plutôt que sur ce que « les gens croient s’être passé il y a 50 ans ». Mais l’histoire n’est pas une question de croyance ; elle est documentée, vécue et gravée dans la chair des victimes.

Un système de terreur institutionnalisé
Les archives d’organisations internationales, comme celles d’Amnesty International dès 1976, dressent un portrait sans équivoque du régime impérial. Le Shah n’était pas seulement un monarque ; il était le commandant en chef d’un appareil répressif dont la pièce maîtresse était la SAVAK. Cette police secrète disposait de pouvoirs presque illimités pour emprisonner, mutiler et terroriser toute forme d’opposition.

Sous son règne, la liberté de la presse était inexistante et les tribunaux militaires rendaient des jugements à huis clos. Les accusés, privés d’avocats compétents et du droit de présenter des témoins, étaient condamnés de manière quasi systématique.
La géographie de la douleur
La liste des victimes est longue : intellectuels, poètes comme Ahmad Shamlou ou Reza Baraheni, étudiants, religieux et simples citoyens. Les témoignages rapportent des méthodes de torture d’une cruauté absolue : coups de fouet, chocs électriques, extractions d’ongles, brûlures sur plaques métalliques chauffées et viols.

Le cas de Badizadeghan, paralysé après avoir été brûlé au point de ne plus pouvoir se déplacer qu’en rampant avec ses bras, reste un symbole tragique de cette époque. Le Shah lui-même n’a jamais nié l’usage de ces méthodes.

L’héritage : de la SAVAK à la République Islamique
Il existe une filiation directe entre la répression d’hier et celle d’aujourd’hui. La République Islamique n’a pas seulement renversé le Shah ; elle a hérité de son infrastructure de terreur.

Les archives : Les dossiers constitués par la SAVAK sur les dissidents ont été récupérés par le nouveau régime pour poursuivre les persécutions.

La logistique : Les méthodes d’aveux forcés sous la torture et les parodies de procès étaient déjà rodées.

Le personnel : Dans certains cas, les agents de l’ombre ont simplement changé de maître.

Mon propre père a passé près de quatre ans dans les geôles du Shah pour avoir lu de la littérature de gauche. Aujourd’hui, en exil, il porte toujours les marques de cette époque. La violence actuelle des mollahs est certes plus massive, mais elle a été bâtie sur les fondations posées par le Shah.

Une responsabilité historique
Il est compréhensible que Reza Pahlavi souhaite ignorer les crimes de son père pour se projeter vers un avenir imaginaire. Cependant, on ne peut construire une démocratie sur l’amnésie. C’est précisément l’absolutisme et la violence du régime impérial qui ont pavé la voie à la révolution de 1979, avant qu’elle ne soit captée par Khomeini. L’héritage du Shah est une charge écrasante qui pèse sur l’histoire de l’Iran et sur ceux qui prétendent aujourd’hui représenter son avenir.

Note administrative de csdhi.org : Cette traduction est fournie à titre informatif pour éclairer le débat sur les droits de l’homme en Iran. Pour toute citation, merci de mentionner la source originale et l’autrice, Pooneh Rohi.